Le Lundi 24 Juillet 2017

Temporaire

Du 1 Mars 2012 au 1 Avril 2012  /  Foyer Luce-Guilbeault

Séquence/Still

De projections vidéographiques à des photocopies noir et blanc grand format, cette exposition de Jim Verburg constitue un espace de médiation privilégiant le maintien de liens formels et relationnels au sein d’un même environnement.

Soutenue par une démarche questionnant le mode de construction de l’image cinématographique, elle interroge la multiplication de plans séquences autant qu’elle cherche à dévoiler l’insistance du mouvement dans la constance de l’image fixe. Créant l’illusion qu’il s’agit d’une séquence filmique, à la manière d’une rhapsodie visuelle, elle anime la vacuité du lieu.

Délimitant un continuum temporel et capturant, à la volée, le moindre changement luminescent, elle circonscrit chacune des œuvres au profit de l’ensemble – se déployant en une multitude d’originaux, telle une trame visuelle tissée de liens de parenté. D’une échelle magnifiant tout en édulcorant leur tonalité, ces œuvres réunies titillent le regard – restituant au réel une part d’illusoire empreinte de traces résiduelles brouillant les frontières entre l’œuvre originale et sa reproduction. C’en est alors d’une interrogation sur la succession de plans filmiques comme mode de synthétisation tant du temps que des divers médiums employés au sein d’un même espace visuel.

Verburg collige donc, pour se faire, des clichés photographiques, tirés de lieux propices à l’examen d’effets lumineux, qu’il assemble de manière à former une trame vidéographique. Servant de matrice originelle, ces photographies vidéographiées, constituent, par la suite, une banque d’images servant à créer des agrandissements photocopiques qui, présentés comme d’immenses panneaux rectangulaires, punaisés directement sur les parois, capturent le temps qui passe – au rythme des déplacements. De même, avec toute l’intensité qu’il se doit, dévoilent-ils, au fur et à mesure, l’inquiétante étrangeté de leur constitution qui, happée par la lentille du photocopieur, éclaire ce qui, normalement, n’existe que dans l’interstice et la vacuité de l’espace.

À cet effet, introduisant le procédé de production au cœur même de l’œuvre, Verburg privilégie une facture granuleuse qui, pleinement recherchée et assumée, s’apparente fortement à celle de reproductions commerciales. De plans rapprochés, ces épreuves photocopiques cadrent ainsi des « moments » qui, provenant d’une même lignée temporelle, exemplifient la fluidité des enchaînements visuels tout comme le vide ambiant.

Différemment, les projections vidéographiques – à mi-chemin entre le cinéma et la photographie –, animent, quant à elles, l’ordre des images, leur donnant à chacune un avant et un après leur garantissant une plus grande visibilité puisqu’elles occupent, en permanence, le champ visuel. Telle une échappée, une fuite ou une incartade, à tour de rôle, chaque prise de vue, obéissant au rythme de la projection, délimite ainsi autant leur pérennité de forme qu’elle précipite, avec langueur, leur disparition. Composées à la base de séries photographiques, ces bandes vidéographiques demeurent donc à tout jamais intimement liées à des modes d’énonciation performative, en ce qu’elles participent activement au mouvement imagé – telle une écriture visuelle invitant une forme de narrativité cinématographique. En cela, véhiculent-elles une succession d’images qui, se pliant au rythme de la durée déterminée, évite d’insister ardemment sur letempo, préférant détourner le mode séquentiel de la trame visuelle au profit du mouvement en continu.

Mieux encore, recréent-elles par brides les traces de « formes visuelles » dont les enchaînements  narratifs dictent leur mise en image : le déroulement saccadé de motifs luminescents isolés et de halos vacillants de flammes naissantes de la fulgurance comme résidu de lumière. Déroutantes, elles interrogent abondamment leur constitution telle d’une relation affective – complexe, irreprésentable – dont elles redistribuent l’image maîtresse qui les a fait naître : la noirceur dans la clarté, l’ombre dans la lumière. Surgissant des profondeurs du support, elles acquièrent leur tangibilité : donnant corps à ce qui se donne pour absence et présence à ce qui se refuse à la figuration. 

En définitive, formant un dialogue, l’ensemble prend ainsi l’allure d’un photo-montage ininterrompu dont les « propriétés associatives » iconographiques composent une histoire cohérente. Au surplus, confronte-t-il le regardant, à tout le moins, avec des images qui participent au dévoilement d’une trame relationnelle qu’il rend lui-même manifeste à son contact et qu’il construit sous son propre regard – érigeant le sens en une histoire répétitive, même sérielle. Chaque séquence s’insérant dans cette collection détermine ainsi l’ensemble, c’est-à-dire que la forme tout comme le contenu – solidaires –, l’un misant sur la fragmentation du rythme, l’autre sur la fictionnalisation du récit, éveillent notre sensibilité à l’environnement visuel, suggérant à tout un chacun – maître de son rythme perceptuel  – d’écrire son propre récit.

Karl-Gilbert Murray, commissaire

Une exposition de Jim Verburg présentée par le Festival International du Film sur l'Art (FIFA) et la Cinémathèque québécoise.

Vernissage: 16 mars, 17h.

ENTRÉE LIBRE

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