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Autoportrait d'une cinémathèque à travers ses collections
Par François Auger, René Beauclair, Louise Beaudet, Robert Daudelin, Alain Gauthier, Pierre Jutras, Nicole Laurin, Pierre Véronneau, Réal La Rochelle
octobre 1988

Le rôle des cinémathèques est maintenant reconnu mondialement. Leur nécessité n’est plus à démontrer, cela va de soi. L’identité culturelle, artistique et historique du monde actuel ne s’affirme plus sans attribuer au cinéma une place déterminante et, partant, aux institutions vouées à sa préservation.

La Cinémathèque québécoise, créée il y a 25 ans, participe à l’histoire du cinéma au Québec. Le paysage culturel et cinématographique de notre société s’est développé grâce, aussi, aux films qu’elle a conservés et projetés. Les films n’originent pas seulement de la vie mais également des films qui les ont précédés. Les cinéastes sont marqués, quelque part, d’un savoir privilégié acquis au contact des œuvres d’hier et d’aujourd’hui.

Profitant des expériences de ses aînées, en France, en Belgique et ailleurs, la Cinémathèque établit rapidement deux axes à ses activités : d’abord et avant tout sauvegarder ces biens hautement périssables que sont les films, mais aussi, et avec le même intérêt, les rendre accessibles. Sa tâche première est d’archiver la mémoire québécoise, par ses films et les diverses formes de documentation s’y rattachant.

Ses activités les plus reconnues, définissant principalement son image publique, sont les projections de films, les publications, le service d’une bibliothèque spécialisée et, plus épisodiquement, les expositions. Mais comme toute cinémathèque est avant tout une archive, de nombreuses collections se sont constituées au fil des ans et demeurent relativement peu connues. C’est justement cette face cachée d’une cinémathèque que ce numéro de Copie Zéro veut révéler. En compagnie de chacun des responsables de collection, c’est un voyage à l’intérieur des archives de la Cinémathèque qui est entrepris. Que ce soit à travers les diverses collections de films et de documents (scénarios, photos, affiches, appareils, dessins, costumes, livres, revues), la Cinémathèque divulgue ici le contenu de ses entrepôts et témoigne de la façon dont elle les conserve.

L’objectif n’étant pas de tout faire connaître sur la Cinémathèque mais d’offrir un aperçu de la richesse de ses collections, il va sans dire qu’elle ne veut pas non plus donner l’impression d’un immense dépôt réfrigéré. L’équipe qui y travaille tous les jours, le Conseil d’administration qui préside à ses destinées et les membres de la Corporation représentant tous les secteurs de l’activité cinématographique québécoise donnent l’assurance que le passé c’est également la vie, aujourd’hui.

Une des originalités de cet organisme est, justement, de tenir compte de la réalité quotidienne du cinéma au Québec. Étant une corporation privée, elle est animée et soutenue par 430 membres Ils se répartissent comme suit : 145 réalisateurs et scénaristes, 43 administrateurs dans diverses entreprises ou institutions, 36 producteurs, 35 distributeurs, 32 cinéphiles, 24 critiques, 22 techniciens de laboratoires et autres spécialités, 20 cameramen, 18 professeurs de cinéma, 17 monteurs, 16 comédiens, 12 techniciens du son, 4 musiciens, 3 chefs décorateur, 3 scriptes. issus majoritairement du milieu cinématographique. De ce fait, elle tient dans le forum des cinémathèques à travers le monde Elle devient, en 1966, membre de la Fédération internationale des Archives du film (FIAF) et en 1979, Robert Daudelin, directeur à la conservation de la Cinémathèque, y est élu secrétaire général, poste qu’il occupe jusqu'en 1985. , une place unique et reconnue.

Cette exploration minutieuse d’une cinémathèque peut aussi contribuer à faire respecter le cinéma et son histoire au sein des autres formes d’expressions culturelles traditionnellement reconnues, surtout si l’imagination, et même l’imaginaire, n’oublient pas de rester au pouvoir encore longtemps à la Cinémathèque.

Pierre Jutras