Skip to contentSkip to navigation
André Mélançon : entretien, points de vue et filmographie
Par Pierre Jutras, Pierre Véronneau
juillet 1987

Le nom d’André Melançon est intimement lié à un univers particulier : celui du cinéma pour enfants. On peut affirmer sans risques de se tromper qu’il en est le chef de file au Québec. Les succès remarquables de LA GUERRE DES TUQUES et de BACH ET BOTTINE ont fait de lui l’idole de milliers de jeunes Québécois.

Sur ce terrain même, la démarche de Melançon est double: raconter des histoires qui accrochent les jeunes et dire des choses qui concernent le statut des jeunes dans notre société et les relations enfants- adultes. Dans les deux cas, comme l’explique le texte d’André Lamarre, il s’agit de donner la parole à son sujet, à ses sujets.

Charles E. Caouette précise que, ce faisant, Melançon ne veut pas discourir, mais plutôt donner à voir, à découvrir, et qu’en cela, il est foncièrement un psychoéducateur. Ne retrouve-t-on pas là la formation de base de Melançon, ses amours premières?

Mais Melançon ne fait pas baigner le spectateur dans un univers idyllique, feutré. Malgré leur humour, ses films nous mettent en contact avec des réalités dures, avec des sujets difficiles. Il est symptomatique que son premier «vrai» film, DES ARMES ET LES HOMMES, et son plus récent, LE LYS CASSÉ, traitent de violence, de violence individuelle et de violence sociale. Melançon questionne le rôle de l’agressivité dans les rapports humains. Avec LES VRAIS PERDANTS, comme le montre Bernard Emond, il apporte une nuance supplémentaire au portrait: la compétition n’est-elle pas une des faces du même phénomène. LA GUERRE DES TUQUES brode des variantes sur cette thématique.

Que ce soit par le direct ou par la fiction, Melançon plaide, selon la formule de Raymond Plante, pour la liberté d’inventer la vie. Et ceux qui ont travaillé avec lui confirment qu’en tant que cinéaste, Melançon respecte ses «comédiens», écoute leurs points de vue, ne les manipule pas. C’est sa manière à lui de revendiquer la liberté d’inventer le cinéma.

Depuis vingt ans, Melançon se meut dans l’univers du cinéma, derrière et devant la caméra. Depuis dix ans, la qualité et la pertinence des œuvres qu’il a réalisées font de lui un cinéaste incontournable. Nous espérons que cette première monographie à lui être consacrée permettra d’enrichir la compréhension du personnage et de ses œuvres, saura les mettre dans un éclairage nouveau et fournira des pistes à une réflexion plus approfondie.

Pierre Véronneau