19h00 Salle de projection principale
Le Samedi 02 Juin 2018

L'Arrière-train sifflera trois fois

Réalisation : Jean-marie Pallardy [Fr., 1975, 110 min, 35 mm, VOF] avec Jean-Marie Pallardy, Willeke van Ammelrooy, Jean Luisi

Dans un bled indéfini du Far West, Lulu (Alice Arno) a fort à faire car elle est la seule prostituée du coin. Les cowboys sont d’autant plus sur les nerfs que la bigote Maureen O’Lala (Véra Valmont) leur met des bâtons dans les roues lorsqu’ils veulent assouvir leurs pulsions. C’est alors qu’entre en scène John Keykett (Jean-Marie Pallardy), le nouveau tenancier du saloon, qui compte bien rétablir les fondamentaux de la société : sexe et alcool. Le jour où Lulu rend les armes, il va falloir trouver de nouvelles recrues. Les sœurs Daltines sont toutes désignées, mais c’est sans compter la force de caractère de Lucky Lucky, l’institutrice du coin (Willeke van Ammelrooy, la femme du cinéaste).

Vous l’aurez compris en lisant le nom des protagonistes, L’arrière train sifflera trois fois (1975) détourne joyeusement les codes du Western, si ce n’est qu’ici les chevauchées ont lieu dans les chaumières plutôt qu’à travers les plaines. Il suffit de parcourir la filmographie de Jean-Marie Pallardy (parfois crédité sous le nom de Igor Aptekman) dans les années 1970 pour constater qu’il sévit là dans son genre de prédilection et y surpasse son penchant habituel pour les titres évocateurs : L’insatisfaite (1972), Dossier érotique d’un notaire (ou Érotisme à l’étude, 1973), Le journal érotique d’un bûcheron (1974), Réglements de femmes à O.Q. Corral (un autre « western », 1974), La donneuse (1976) et L’amour chez les poids lourds (1978). Par la suite, il se lancera dans le vrai X sous le pseudonyme de Boris Pradley ; poursuivra sa carrière d’acteur, par exemple dans le film de kung-fu Bruce contre-attaque (1982, avec Bruce Le, vous avez bien lu, pas Lee) ; et signera la réalisation de quelques objets improbables comme Vivre pour survivre (1985) avec l’acteur de la blaxploitation Fred Williamson (qui sera réhabilité plus tard par Tarantino et Rodriguez dans From Dusk Till Dawn), ou encore Femmes ou maîtresses (2001), avec un David Carradine pas encore déterré par Tarantino (à croire que Tarantino a tout piqué à Jean-Marie Pallardy).

Célèbre pour son titre culte, la comédie paillarde L’arrière train sifflera trois fois se caractérise par un sens de la narration et du rythme pour le moins intuitif et spontané et par une conception de la mise en scène particulièrement décontractée. Un joyeux bordel où la vulgarité, la nonchalance et un esprit bon enfant typique de l’époque se côtoient sans manières. La liberté de cadrage, les dialogues haut en couleurs et la créativité de la bande sonore complètent ce tableau riche en anachronismes et en apparitions incongrues non politiquement correctes. Le résultat final témoigne d’au moins trois choses : une absence de complexes délicieusement surannée, la fascination de Pallardy pour Willeke van Ammelrooy, et l’indéniable liberté créative de son auteur.

Apolline Caron-Ottavi

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