welcome bonjour bienvenido logo projections depot salle de presse
 
 
PROJECTIONS

Pierre Falardeau, la rétrospective

6 janvier au 14 janvier 2010

Pierre FalardeauL’œuvre avait débuté par des essais vidéo. C’était à l’époque de la grande aventure du Vidéographe. Au guichet de la rue St-Denis, il suffisait de déposer des projets et de passer devant un comité de programmation pour obtenir du matériel de tournage et produire des bandes. Falardeau, jeune étudiant, fut l’un des premiers à oser utiliser ce service unique et finira par produire sa première bande, Continuons le combat (1972), un court métrage satirique sur la lutte professionnelle au Québec.

Avec un ami de collège qui vient le rejoindre, le comédien Julien Poulin, durant la décennie des années 1970, ils vont tricoter leurs bandes vidéo « engagées ». Ils y ont exploré les traces de ce qu’ils, en bons marxistes, considéraient exprimer l’aliénation du peuple québécois. Ils ont appris le langage des images. Ils ont appris à filmer. Ils ont appris à monter. Ils sont même allés jusqu’à s’équiper de leur propre matériel afin de gagner en autonomie de production vidéo.

Ils sont aussi sortis du Québec afin de rencontrer des mouvements de libération nationale. Certains avaient réussi leur révolution comme en Algérie ou étaient en voie de la faire, comme au Tchad et en Afrique du Sud. Partout, par leurs lectures ou par leurs voyages, ils voyaient l’application des thèses de Franz Fanon (Les Damnés de la terre) ou d’autres théoriciens de la décolonisation, et ils décidèrent d’apposer cette grille d’analyse sur leur propre pays « enrayé ».

En même temps qu’ils travaillaient sur ces courts métrages vidéo, Poulin et Falardeau construisaient patiemment un long métrage documentaire qui ramassait non seulement leurs idées, mais aussi des exemples flagrants, glanés au cours des années, qui illustraient ce qu’ils dénonçaient : l’endiguement et l’aveuglement de leurs concitoyens. Il en a résulté Pea Soup, un pamphlet punch qui rappelait l’Agit Prop et le cinéma révolutionnaire cubain.

Ils réalisèrent ensuite, en 1980, un court métrage au studio d’animation français de l’Office national du film du Canada, basé sur le poème anticolonialiste Speak White de la poétesse Michèle Lalonde. C’était un acte de combat dans l’antre de l’institution cinématographique la plus « fédérale» qui montrait soit « sa grande ouverture » ou « son grand pouvoir de récupération », tout dépendant du point de vue. Les photogrammes de Speak White ont fait l’objet d’une exposition de Falardeau-Poulin au Musée d’art contemporain de Montréal, en juin 1983, qu’accompagnait une diffusion de leurs œuvres vidéo sous la forme d’installation.

De la somme documentaire accumulée pour Pea Soup, ils sont passés à la conception d’un personnage de fiction qui représentait la quintessence de l’aliénation et de l’acculturation, le premier anti (contre) -héros nationaliste post-référendaire : Elvis Gratton.

Ce portrait-charge, cette pochade en court métrage, gagna un prix au Festival de Lille et le prix Génie du meilleur court métrage de fiction canadien l’année de sa sortie, en 1981. Falardeau et Poulin prirent alors le train en marche et, dans la foulée, ont réalisé deux autres courts métrages avec Elvis Gratton. Ils réunirent les trois segments dans un long métrage qu’ils lancèrent en 1985 : Elvis Gratton : le King des King qui connut un succès appréciable tant en salle qu’en diffusion vidéo domestique. Falardeau sera invité à prendre la parole, il deviendra progressivement un personnage public, habitué des médias. Il y eut deux suites à ce premier Elvis Gratton : Elvis Gratton 2 : Miracle à Memphis (1989), qu’ils réaliseront tous les deux, et Elvis Gratton XXX : La vengeance d’Elvis Wong, que signera seul Pierre Falardeau en 2004, son dernier film.

En 1989, sur un scénario coécrit avec l’ex-felquiste Francis Simard à partir de ses expériences de vie en prison, il propose un film retentissant : Le Party. Il réalise ensuite un documentaire avec Manon Leriche sur un sport qu’il affectionne particulièrement, la boxe. Le Steak met en scène un boxeur vieillissant, Gaétan Hart, qui doit remonter sur le ring pour assurer sa survie.

Le pamphlétaire Falardeau renoue par la suite avec ses courts métrages engagés, en diffusant clandestinement, d’une façon qui ne s’appelait pas encore la «  communication virale », un court métrage intitulé Le Temps des bouffons (1993), où il tourne en dérision un repas du Beaver Club réunissant l’élite fédéraliste financière et politique du Québec

Le Temps des bouffons peut être vu comme une sorte de préambule à son long métrage suivant Octobre (1994). Coécrit avec Francis Simard, l’ex-felquiste, le film nous faisait vivre de l’intérieur de la Cellule Chénier les événements dramatiques ayant conduit au décès du ministre kidnappé Pierre Laporte lors de la crise d’octobre 1970.

Après ce qui apparut comme un combat politique largement médiatisé entre lui et les décideurs financiers gouvernementaux, il finit par faire financer son projet suivant, un long métrage sur le soulèvement des Patriotes de 1838. Intitulé 15 février 1839, il voulait avec ce film faire connaître aux jeunes générations les origines du nationalisme canadien-français, mais aussi livrer une leçon sur les sacrifices qu’il faut accepter afin de combattre au nom de la liberté et de l’indépendance. Émouvant, tranchant singulièrement, par le style et le rythme, sur le reste de sa cinématographie, le film rejoignit son public.

Les écrits nombreux qu’il publia dans les années 1990 finirent par asseoir la réputation de Pierre Falardeau auprès d’un large public. Pierre Falardeau fait partie de ce cénacle, nullement élitiste, bien au contraire, des hommes dont la notoriété par l’engagement dépasse ce qu’ils fabriquent.
Cet homme, pour l’avoir rencontré quelques fois, dont une fois assez intensément, m’est apparu d’emblée comme un pédagogue. Un pédagogue en colère, peut-être, un enseignant en prise de conscience en tout cas, et surtout un formidable ami des livres et des grands films révolutionnaires dont il savait transmettre la passion.

Cette rétrospective, il la voulait depuis longtemps. Le hasard de la vie et les contraintes de ce lieu firent en sorte que la Cinémathèque lui rende ainsi un hommage posthume. Nous avons tenté de réunir tous ses films. Il ne manque que les vidéo-clips pour Dan Bigras que nous repasserons un jour ou l’autre. Nous l’avons enrichie d’œuvres périphériques ou inédites, comme cette rencontre (non montée) avec un représentant de l’African National Congress, en 1976, en Algérie, le clip Les Humains (2001) sur une pièce d’aKido qui est parti d’un échantillonnage d’un discours de Pierre Falardeau à l’Université Laval, ou le dernier discours public de Pierre Falardeau, tourné par Michel Martin, lors de la remise du Prix Pierre-Bourgault, en juin 2009.

Fabrice Montal
Programmateur-conservateur du cinéma québécois

 

 

 

335, boul. De Maisonneuve Est
metro Berri-UQAM (sortie Maisonneuve)
Montréal, Québec H2X 1K1
T. 514-842-9763
F. 514-842-1816
Twitter Facebook info@cinematheque.qc.ca
    © La Cinémathèque québécoise