21h00 Salle de projection principale
Le Lundi 05 Février 2018
L'Anglaise et le Duc

L'Anglaise et le Duc

Réalisation : Éric Rohmer [Fr., 2001, 129 min, 35 mm, VOF] avec L'anglaise et le duc

Une belle Anglaise aventureuse vivant en territoire français pendant la révolution, entretient une relation tantôt tendre, tantôt sulfureuse avec le duc d'Orléans, qui est aussi le cousin de Louis XVI, mais acquis aux idées révolutionnaires. Elle parvient à le convaincre de l'aider à sauver un proscrit, mais elle ne parvient pas à le dissuader de voter la mort du roi.

« Fondé sur des décors peints et des incrustations numériques, L’Anglaise et le Duc est un éblouissant objet formel qui pose aussi certaines questions historiques et politiques. Eternel jeune cinéaste, Eric Rohmer continue de surprendre et d’éblouir. Singulier, L’Anglaise et le Duc l’est par son sujet, la Révolution française et les années de la Terreur vues par le petit bout de la lorgnette d’une aristocrate anglaise séjournant à Paris, Grace Elliott (le film est adapté de son journal intime), mais il l’est encore plus par son traitement formel.

Plutôt que de se lancer dans une reconstitution classique en filmant quelques bâtiments anciens épars et en cachant les antennes de télévision, méthode habituelle du film historique qui présente le défaut d’un réalisme factice et empêche les plans d’ensemble, plutôt que de bâtir un coûteux décor de studio, autre méthode cent fois utilisée, Rohmer a imaginé un système complètement original, utilisant les technologies de pointe, mais dans un esprit qui renvoie à l’enfance du cinéma. Ce système se décompose en deux étapes principales : d’une part, Rohmer a fait peindre des arrière-plans dans le style des peintures de l’époque, les acteurs du premier plan jouant devant des fonds unis, subterfuge qui renvoie aux transparences hollywoodiennes ou aux bulletins météo de la télévision ; d’autre part, pour utiliser toute la profondeur de champ et éviter le statisme, le cinéaste a eu recours au procédé de l’incrustation numérique, ce qui lui a permis de disposer des personnages ou des animaux dans toutes les strates de ses arrière-plans. De ce strict point de vue technologique, L’Anglaise et le Duc est donc bien un film contemporain de Final Fantasy ou de Jurassic Park. Mais là où les studios nippons partent du virtuel pour tendre vers un réalisme maximal, là où Spielberg rend ses dinosaures les plus vraisemblables possible, Rohmer ne cherche jamais à dissimuler l’artifice de ses incrustations, expose à vue le mélange d’éléments réels, picturaux et virtuels. D’où un aspect bidouillage qui renvoie aux premiers bricolages de Méliès, un côté merveilleux qui évoque les diverses expériences du précinéma, de la lanterne magique à Emile Reynaud. D’où aussi une honnêteté fondamentale, quasi enfantine par rapport aux subterfuges techniques du film, comme si Rohmer nous disait "Tout cela est truqué, le réalisme strict est ici impossible, mais allez, on dirait qu’on est en 1790, au milieu du peuple de Paris." Là où Spielberg fait du réalisme fondamentalement faux (waow, on a l’impression que les dinosaures sont réels ! mais non, puisqu’ils n’existent plus), Rohmer ne cache pas la facticité de ses techniques et atteint une autre forme de vérité, ce qu’il appelle la "picturalité". [...] » (Serge Kaganski, 2001)

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