Du Vendredi 08 Juin 2012 au Vendredi 22 Juin 2012

Louis Portugais, critique du pouvoir

Louis Portugais : critique du pouvoir

Louis Portugais fut l’un des piliers du Studio français dans les années 1960 à l’Office national du film du Canada. Il est responsable, entre autres, de la venue de Gilles Carle au cinéma. Louis Portugais disparaissait, en 1982, dans un oubli relatif. Pourtant, cet homme fut une cheville ouvrière de l’ébullition culturelle qui présida à la Révolution tranquille québécoise. Cet homme dont la place dans notre histoire culturelle mériterait selon-nous une réhabilitation aura laissé peu de traces continues. Écrivain, cinéaste, enseignant, il faut donc reconstituer celles-ci à coup de témoignages parcellaires, de déductions par recoupement d’information, voire de lectures de génériques.

 Nous présentons en rafale son œuvre politiquement engagée de cinéaste critique du pouvoir. Trente ans après sa disparition, nous proposons un retour sur sa filmographie en trois volets. Trois séances qui nous feront aussi découvrir l’homme de culture, celui des films sur l’art du poète qui fonda Les Éditions de l’Hexagone avec ses amis Carle, Miron, Rinfret, Marchand et Manzini en 1953.

Commençons toutefois d’entrée de jeu en affirmant qu’il serait un tant soit peu réducteur que d’associer Louis Portugais strictement à la figure de critique du pouvoir. Une chose ressort, néanmoins, celle de constater que de nombreux films sur lesquels il a travaillé, tant comme réalisateur que scénariste, approfondissent les sujets qui étaient sensibles au début des années 1960, comme les luttes anticoloniales ou celles qui prônaient l’établissement du socialisme dans un même pays. À cet égard, nous ne connaitrons jamais son projet de documentaire sur le terrorisme qui n’a jamais vu le jour. Toutefois, en ouverture de cycle, nous aurons un aperçu de son travail avec deux documentaires. L’un sur les réactions de la jeunesse québécoise, suite à sa récente accession au droit de vote à 18 ans en 1964, après quatre ans de révolution tranquille : Jeunesse Année Zéro (1964). Un film de commande produit par les Films Claude Fournier, en sous-traitance pour le Parti Libéral de Jean Lesage. Ce document filmé, par la suite renié par le Parti Libéral du Québec qui l’avait commandé initialement, nous montre les jeunes forts critiques de la Révolution tranquille et du changement annoncé dans les discours officiels du Parti de Jean Lesage. L’autre sur le mouvement des étudiants mexicains au moment des jeux Olympiques de 1968, qui fut réprimé dans le sang, Notes sur la contestation (1970). Il explore leur mode d’organisation, leur solidarité et montre leur confrontation avec le pouvoir.

Nous présenterons aussi un long métrage de fiction qui fut réalisé à partir de la série télé de Radio-canada « Panoramiques ». Il s’agit en fait d’un remontage de 102 minutes du contenu de quatre épisodes de 30 minutes. Film de fiction à base documentaire qui mettait en scène les plus grands acteurs du temps,Les 90 jours (1959) fait ouvertement l’apologie du syndicalisme, en cette fin de régime duplessiste, attaqué sur ses pratiques répressives et antisyndicales. Scénarisé par le journaliste Gérard Pelletier, qui écrivait peu de temps auparavant dans un journal syndical, Les 90 jours traite non seulement du syndicalisme sous de multiples aspects, mais aussi de l'engagement des élites traditionnelles (le jeune avocat, le maire, le curé, les marchands, les étudiants) et du journalisme contre le pouvoir de l'argent.

Une autre des fascinations de Portugais était de faire connaître au peuple d’ici les artistes qui en étaient issus. En troisi;eme programme, nous vous proposons de voir des œuvres rares de Portugais sur un poète, Saint-Denis Garneau (1960), un chef d’orchestre et directeur du Conservatoire de musique du Québec, Wilfrid Pelletier, et un peintre, Alfred-Pellan. Je, un film expérimental basé sur la pantomime, complète le programme. La révolution tranquille était aussi cela et, indirectement, les films de Portugais ont contribué à ce foisonnement dont ils demeurent aussi des témoignages de premier plan. Ainsi, cette reconnaissance, qui nous semble d’évidence aujourd’hui, ne l’était pas nécessairement dans les années qui ont vue l’éclosion de ce bouillonnement créatif que constitua aussi la Révolution tranquille. La fonction éducative et édificatrice de ces films dépasse même l’acte documentaire au sens strict.

 

Fabrice Montal

 

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