Le Lundi 11 Décembre 2017

Temporaire

Du 1 Décembre 2017 au 4 Février 2018  / 

Exposition agricole de Jean-François Caissy

Dans cette nouvelle œuvre installative, le cinéaste Jean-François Caissy nous convie à observer le monde à la fois banal et singulier des foires agricoles. Depuis le début de sa carrière Caissy exprime une prédilection pour ces cultures rurales, fascination abolissant la distance pourrait-on dire, bien qu’il nous soit narré qu’en Amérique du Nord, contrairement à l’Europe, les campagnes viennent de la ville et non l’inverse.

Derby (2011), l’installation précédente qu’il avait présentée à l’Espace F à Matane et au Centre Clark à Montréal, nous submergeait par trois écrans soutenus par une immersion sonore notable illustrant une course automobile appelée derby de démolition ou demolition derby. Dans Exposition agricole, le travail sonore conserve une importance primordiale, mais cette fois-ci, nous avons principalement affaire à une pièce de musique contemporaine du compositeur Julien Bilodeau, collaborateur de longue date de Caissy, interprété par l’Orchestre de Chambre I Musici de Montréal sous la direction de Jean-Marie Zeitouni.

Exposition agricole, le titre déjà nous annonce la structure même de l’œuvre. Celle-ci est composée de plans, véritables « tableaux vivants » au cadre fixe, à l’intérieur desquels se meuvent animaux, machines et humains, comme s’il s’agissait de photographies en mouvement, comme si le voyage passait par la fixité, invités que nous sommes à un véritable périple mental.

Ici encore, comme cela se révèle en progression dans l’ensemble de ses créations antérieures, les enjeux esthétiques sont très forts. Dans chaque plan, nous percevons un double jeu de rythmes. Il y a bien sûr tout d’abord cette recherche du rythme pictural dans la composition des plans, avec les lignes de force, les répétitions de motifs, les adéquations de couleurs, les jeux de perspectives, etc. C’est ce qui est extrêmement frappant au premier abord.

En second lieu, nous sommes aussi confrontés au rythme du mouvement des êtres ou des objets dans la durée et l’espace de chaque prise de vue. Ce mouvement crée des surprises, des apparitions ou des disparitions dans le champ ou hors de celui-ci, jouant des relations entre les échelles. Ce qui témoigne ici d’un véritable savoir cinématographique qui part de la pose quasi photographique, à l’affût de ce moment capital à la fois insolite et signifiant où se produit une rencontre dynamique, voire géométrique. Le résultat est surprenant. Des scénarios multiples naissent en nous. L’esprit souvent libre de tout raccord sonore avec la réalité montrée, filmée, montée, on imagine.

C’est donc bel et bien à une exposition que l’on a affaire, au cours de laquelle on évolue de situation en situation, glanées au cours de longues séances de captation, par la magie des appareils numériques qui permettent désormais ce genre d’approche défiant le temps. Se prolonge ainsi une des volontés du Candid Eye des années 1950. Lequel voulait capter le quotidien dans ce qu’il a de plus banal et d’en montrer les beautés, les morceaux choisis. Dans un espace social travesti quelque peu par la fête, mais dont la force de cohésion demeure par là même renforcée, le cinéaste fait pivoter le regard que le spectateur croit devoir y porter, défiant ainsi ses préjugés et ses préconceptions.

Ceci étant, ce n’est pas un film de combat non plus. Il s’agit aussi d’un spectacle, celui de la vie des autres, où dès les premiers instants, devant cet écran majestueux, on ne sait plus très bien qui est regardé et qui est regardant. 

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