May, 27th 2017

Temporaire

From September 7th 2011 to November 6th 2011  /  Foyer Luce-Guilbeault

Le cinéma japonais s'expose - Affiches de l'Art Theatre Guild (ATG)

Cette exposition regroupe 39 affiches originales de films produits  par l’Art Theatre Guild reconnue pour sa contribution à l’essor du cinéma indépendant japonais. Provenant de la collection du National Film Center de Tokyo, elles témoignent de la créativité des graphistes nippons tels que Kijoshi Awazu, Tanadori Yokoo, Akira Uno et Eiko Ishioka. ......................................................................................................................................................................................................................................

Affiches de l’Art Theatre Guild : la découverte du graphisme

Dans l’histoire des affiches du cinéma japonais, les affiches de l’Art Theatre Guild (ATG) ont toujours été reconnues pour leur originalité. Toutefois, cette valeur artistique ne dépend pas seulement du caractère mythique de l’ATG, un mouvement cinématographique ayant suscité un bouillonnement culturel des années 1960 aux années1980.

À l’époque de la reconstruction d’après-guerre (de 1945 aux années 1950), l’industrie de la distribution de films japonais, qui était entre les mains de six compagnies majeures, définit « une grammaire de l'affiche » incluant des normes précises d’affichage pour la distribution. L'une d'entre elles consistait à mettre en évidence la photo de l'acteur ou de l'actrice principale, autour desquelles devait être disposés de façon artisanalele titre du film, lesnomsdes autres acteurs et du réalisateur et laphrase d’accroche. En ce qui concerne le cinéma étranger, quand aucune photo n’était disponible, on recourait à des peintres de l’extérieur pour créer des dessins dans un style identique. Cette « grammaire » propre à l’affiche de cinéma japonais est d’ailleurs encore bien vivante aujourd’hui.

Avec ses affiches, l’ATG fait preuve de nouveauté. Elle reconnaît l’autonomie du dessin graphique, engageant l’un après l’autre de jeunes dessinateurs à l’esprit libre sans cependant les embaucher dans son entreprise. Des hommes de talent, notamment Hiroyoshi Oshima, Kiroku Higaki et Masakatsu Ogasawara, atteignent alors d'excellents résultats tout en s’opposant à la vieille grammaire. Le caractère original des affiches de l’ATG devient plus manifeste quand la société s’implique non seulement dans la distribution des films étrangers, mais aussi dans la production de films japonais. Ainsi, la plus remarquable production cinématographique de l’ATG est le Journal d’un voleur de Shinjuku (1969), réalisé par Nagisa Oshima, qui avait recruté comme acteur principal Tadanori Yokoo, alors reconnu comme graphiste à l’apogée de sa carrière. Il est très rare, n'importe où dans le monde, qu'un graphiste dessine l’affiche du film dans lequel il joue le rôle principal. Yokoo était d’ailleurs fier de ses dessins flamboyants et excessifs en nette opposition à la vieille grammaire.

L’affiche du film Double Suicide (1969), réalisé par Masahiro Shinoda, est un chef-d’œuvre de Kiyoshi Awazu, l’un des plus éminents représentants des arts graphiques de l’Après-guerre. Awazu emploie alors fréquemment la technique de la grille pour la mise en page. Grand cinéphile, il signe d’ailleurs la direction artistique du film. Les affiches de Week-end ainsi que de Vent d’est de Jean-Luc Godard sont produites selon une formule similaire pour la distribution au Japon. L’affiche de Premier amour, version infernale (1968), d’Akira Uno, alias Aquirax, est aussi considérée symboliquede son époque. Uno avait dessiné plusieurs affiches pour la compagnie de théâtre de Shuji Terayama, qui signe par ailleurs le scénario de Premier amour, version infernale. Dans l’affiche de ce film, son univers chargé d’ennuiet de décadence est marquant. Grâce à l’ATG et à son dynamisme exceptionnel, Eiko Ishioka réalise ses premières œuvres graphiques. Par la suite, elle se taille une place de choix comme conceptrice de constumes dans le cinéma américain. Enfin, signalons les affiches de Setsu Asakura, directrice artistique d’un théâtre d’avant-garde.

Contrairement aux autres affiches de cinéma japonais, celles de l’ATG indiquent le nom du réalisateur avec des caractères plus gros que pour les acteurs, un principe qui caractérise d’ailleurs l’attitude respectueuse del’ATG envers les créateurs au cinéma. On constate toutefois, depuis la dernière moitié des années 1970, une légère recrudescence d’affiches revenant à « la grammaire » d’antan, ce qui reflète la situation de l’ATG, coincée entre l’ambition artistique et l’exigence commerciale.

Malgré tout, les affiches de l’ATG témoignent d’un tournant du cinéma japonais et de la montée d'une nouvelle génération de graphistes. Elles exercent toujours un charme resplendissant. L’ATG avait comme politique de toujours réunir le réalisateur et le dessinateur avec le producteur pour discuter minutieusement de la création de l’affiche. En définitive, elle considère l’affiche de cinéma comme un élément indissociable de l’œuvre et un moyen unique pour en valoriser la pensée.

Hidenori Okada

Conservateur, National Film Center / Musée national d’art moderne de Tokyo

Une exposition présentée par la Cinémathèque québécoise en collaboration avec le National Film Center / The National Museum of Modern Art, Tokyo et avec le soutien de la Japan Foundation.

ENTRÉE LIBRE

         

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