From January, 01st 2011 to February, 16th 2018

Cinéma muet en musique

Garder vivant le cinéma muet, montrer les films de l'époque à la vitesse juste et dans leur format d'images d'origine et demander à un pianiste de les accompagner avec respect, tout ceci fait partie du travail normal d'une cinémathèque.

Mais au moment où l'électronique propose aux cinéastes de nouvelles façons de fabriquer leurs images, il est encore plus pertinent de rappeler périodiquement combien étaient éloquentes les images de l'époque dite muette de l'histoire du cinéma.

Passée l'ère des pionniers qui avaient apprivoisé le cinématographe et ses émules, les cinéastes des années 10 découvraient une écriture que les années 20 amèneraient à un degré de perfection inégalé. Privés de son, donc de dialogues, les cinéastes devaient maîtriser parfaitement l'image et la lumière, sans quoi leur travail n'aurait jamais tenu la route. Sans THX pour dominer le spectateur - certains pianistes (ou orchestres) de l'époque n'échappaient évidemment pas à cette tentation - le film devait trouver son pouvoir dans les images et dans leur assemblage.

Très tôt, certains cinéastes comprirent qu'avec ces moyens, même limités, on pouvait composer un spectacle et même ramener le spectateur dans une salle semaine après semaine pour connaître la suite de l'histoire. Feuillade, dans la foulée des auteurs anonymes des serials américains, fut un maître en la matière : l'intégrale de son Judex (1916),  est un exemple exceptionnel de ce spectacle poétique que savaient inventer les premiers cinéastes.

En 1929, alors que certains pays ont déjà adopté le film sonore, les cinéastes soviétiques utilisent les moyens du muet avec une science et un art admirables pour parler de leur pays qui change, de leurs inquiétudes et de leurs espoirs. Dovjenko, Eisenstein, Romm et Vertov résument en leurs films de 1929 un grand moment du cinéma où les images noir et blanc, et muettes pour très peu de temps encore, disaient la puissance émotive et intellectuelle du cinéma.

Le cinéma muet est donc une composante essentielle de la programmation de la Cinémathèque. Et il n'est pas mauvais de se rappeler que ce sont ces œuvres et ces cinéastes qui ont permis le cinéma moderne, sans compter qu'il est toujours agréable de pouvoir retrouver pour quelques heures l'époque des images qui parlent.

Robert Daudelin

Pianistes en résidence : Gabriel Thibaudeau et Roman Zavada.

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