Cinéma d'animation
Les jeudis à 18 h 30.
Comme le savent les habitués, chaque semaine, la Cinémathèque convie les cinéphiles à un rendez-vous avec le cinéma d'animation. Forte de l'expertise qu'elle a développée depuis les années 60, elle possède aujourd'hui une collection de films d'animation qui compte plus de 5000 titres. À cet égard, la Cinémathèque est sans nul doute un lieu unique au monde.
Mais cet engagement pose des défis. Aujourd'hui, il y a de l'animation partout. Ainsi, le succès de Who Framed Roger Rabbit (1988), de la télésérie The Simpsons et l'émergence de chaînes spécialisées ont contribué à l'apparition d'un phénomène envahissant, le toon, qui consiste en un recyclage paroxystique du cartoon. Il y a des réussites dans le toon, mais celui-ci, envahissant, engendre une certaine uniformité. Or, l'engagement de la Cinémathèque consiste à aller au-delà des modes tout en gardant l'oeil ouvert sur ces tendances; à révéler ce qui se cache sous la pointe de l'iceberg, en somme. Des oeuvres qui reposent sur un « contrôle de mouvements complexes et décisifs, dans plusieurs dimensions », comme le décrivait André Martin ; des oeuvres fondées sur une esthétique - voire une éthique - du mouvement.
Anecdote. Jackson Pollock peint ses premiers drippings à New York vers 1943. En compagnie d'Evelyn Lambart, Norman McLaren réalise Begone Dull Care - sorte de dripping en mouvement - en 1949. McLaren expérimentait alors la peinture sur pellicule depuis plusieurs années et avait même séjourné à New York dans les années 30. Synchronisme troublant, qui révèle la modernité du réalisateur. Toutefois, l'historiographie tarde à donner à McLaren la place qui lui revient, soit celle d'un grand artiste d'avant-garde. Si, au fil des projections, des expositions, un spectateur aura su saisir la valeur d'un artiste comme McLaren, la Cinémathèque estime qu'elle aura fait son travail.
Grâce à sa politique d'acquisition, la Cinémathèque a constitué une collection d'animation qui suscite l'intérêt des chercheurs comme des cinéphiles. Elle souhaite pouvoir continuer bientôt à enrichir cette collection, car celle-ci stagne, faute de ressources. Pendant ce temps, l'histoire de l'animation continue de s'écrire et de jeunes réalisateurs apparaissent...
Marco de Blois
Conservateur du cinéma d'animation






