From May, 09th 2012 to May, 09th 2012

Annecy Cinéma italien 2011 : Hommage à Elio Petri

Biographie d’Elio Petri

Figure majeure du cinéma italien, Elio Petri est né à Rome le 29 janvier 1929 dans un milieu modeste, son père était chaudronnier via dei Giubbonari. Fils unique, il grandit dans les quartiers populaires de la ville autour de Campo de’ Fiori avant de fréquenter l’école où son intelligence le fait remarquer. Inscrit dans un collège religieux réputé, l’Institut San Giuseppe di Merode, place d’Espagne, il en est renvoyé pour motif politique. Il se lance alors dans le militantisme politique, le journalisme cinématographique et l’animation culturelle au sein de la fédération des jeunes du Parti communiste italien. Il écrit dans L’Unità et Gioventù nuova ainsi que dans l’organe culturel Città aperta (il quittera le parti en 1956 à la suite des événements de Hongrie).

Ami de Gianni Puccini, il fait la connaissance de Giuseppe De Santis grâce à l’intermédiaire de celui-ci et devient l’assistant de l’auteur de Riz amer. Il collabore – sans être crédité – au scénario deOnze heures sonnaient (1952), film dont il a réalisé l’enquête préparatoire auprès des protagonistes du drame (cette enquête sera publiée en volume en 1956). Il enchaîne, à la fois comme scénariste et comme assistant de De Santis, avec La Fille sans homme (1953), Jours d’amour (1955), Hommes et loups (1957), La strada lunga un anno (1958),La Garçonnière (1960). Dans ces années, Petri écrit aussi des scénarios pour Gianni Puccini, Aglauco Casadio, Carlo Lizzani. Toutefois, c’est sa collaboration avec le cinéaste de Fondi qui est décisive du point de vue de l’acquisition d’un métier et d’un univers culturel et idéologique autonome. Petri restera toute sa vie très attaché, politiquement et humainement, à « Peppe » De Santis.

Après deux courts métrages, Nasce un campione (1954), film en couleurs, et I sette contadini (1959) – occasion de poursuivre sa formation selon un parcours obligé dans ces années là –, Elio Petri fait ses débuts dans la mise en scène en 1961 avec l’Assassin, à partir d'un scénario écrit avec Tonino Guerra. Le film révèle d’emblée un grand talent dans l’approche de personnages aliénés et dans la description d’un univers policier kafkaïen. Il y dirige pour la première fois Marcello Mastroianni. I giorni contati (1962), son deuxième film, toujours écrit avec Tonino Guerra, marque l’enracinement définitif de Petri dans un cinéma indirectement politique où dominent les thèmes de l’exclusion et de la division de l’être. La figure du protagoniste, lointainement inspirée par la personnalité du père du cinéaste, y est magistralement interprétée par Salvo Randone.

Après deux films de moindre tension (Il maestro di Vigeveno, 1963 et le sketch Peccato nel pomeriggio de Haute infidélité, 1964), Petri signe un film d'anticipation La Dixième victime (1965) également écrit avec Tonino Guerra. Il tourne en 1967 À chacun son dû (d’après le roman homonyme de Sciascia), une de ses oeuvres les plus dramatiques sur le thème de l’incapacité pour l’intellectuel de comprendre la réalité. Ce film marque aussi l’entrée dans l’univers expressif de Petri du comédien Gian Maria Volontè et les débuts de la collaboration avec le scénariste Ugo Pirro, collaboration qui durera jusqu’en 1973. Avec Un coin tranquille à la campagne (Un tranquillo poste di campagna), dont le sujet a été écrit avec Guerra – c'est la dernière collaboration des deux hommes –, il aborde le thème de la solitude et de l’angoisse de l’artiste romantique. Il réalise ensuite quatre films qui en font un des analystes les plus lucides et les plus désespérés de la schizophrénie contemporaine. Ces films composent une sorte de portrait de la société italienne dans ce qu’elle a de multiple et de contradictoire : Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon (1970), sur la police ; La classe ouvrière va au paradis (1971), sur la condition ouvrière ; La propriété c’est plus le vol (1973), sur le rôle de l’argent et sur la destruction de l’être par l’avoir ; Todo Modo (1976), d’après le roman homonyme de Sciascia, sur la structure mentale dévoyée des hommes de pouvoir de la Démocratie chrétienne. Volontè est au cœur de ces films en commissaire de police, en ouvrier, en leader de la démocratie chrétienne (indisponible, Ugo Tognazzi le remplace dans La propriété c’est plus le vol). Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon obtient l’Oscar à Hollywood en 1971 tandis que La classe ouvrière va au paradis est couronné par la Palme d’or à Cannes en 1972.

Lourd de menaces à l’égard du conformisme politique, culturel et médiatique (la violence idéologique d’Enquête sur un citoyen au dessus de tout soupçon faillit provoquer une interdiction totale du film), le cinéma de Petri se heurte de plus en plus à des difficultés de production. En 1978, renonçant à des sujets plus immédiatement liés à la situation italienne, le cinéaste met en scène pour la télévision une remarquable adaptation des Mains sales de Sartre dans laquelle, une fois de plus, il trouve en Marcello Mastroianni un interprète exceptionnel. Pour des raisons de droit, le film est demeuré inédit en dehors de l’Italie. Avec Buone notizie (1979), qu’il produit lui-même en association avec Giancarlo Giannini, protagoniste du film, Petri arrive à une impasse, celle de l’incommunicabilité où se retrouvent la souffrance de l’artiste et le désarroi de ses personnages. À un moment où convergent les approches socio-politiques et psychanalytiques pour tenter de cerner la crise des sociétés occidentales, Petri déchiffre le terrain de l’inconscient. Davantage dans la ligne de Freud et Reich que dans celle de Marx, il est un des cinéastes qui ont le plus fait pour renouveler l’approche politique des problèmes de l’homme et de son insertion dans la société. Des névroses à la schizophrénie, l’univers de Petri est un des plus cohérents et des plus stimulants vis à vis de ce que peut être l’engagement d’un cinéaste par rapport au public auquel il s’adresse. Mais de ce travail, l’homme ne devait pas sortir indemne, traversant, à l’image de ses protagonistes, de graves crises de doute et de remise en cause existentielle.

Les dernières années de la vie sont assombries par la difficulté à entreprendre un nouveau film et par les attaques de la maladie. En janvier 1981, Petri est à Gênes pour la mise en scène au Teatro Stabile – c’est sa seule incursion dans ce domaine – de L’orologio americano d’Arthur Miller. Un nouveau projet, Chi illumina la grande notte, est très avancé : les prises de vues sont programmées pour septembre 1982, Marcello Mastroianni doit en être le protagoniste. Pourtant la maladie a fait de terribles progrès : le cancer emporte prématurément Elio Petri le 10 novembre 1982. Il avait 53 ans.

Jean A. Gili

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