Annecy Cinéma italien 2011
Annecy à Montréal
La sélection présentée à Annecy en 2011 donne une bonne idée de la qualité et de la diversité d’une relève très active dans le cinéma italien.
Première observation sur les huit films présentés, cinq sont des « opere prime », trois des « opere seconde », proportion qui tend à confirmer que, comme dans beaucoup d’autres pays, il est parfois plus facile de tourner un premier film qu’un second, surtout si le premier n’a pas rencontré les faveurs du public.
Seconde observation, si la comédie est le royaume du cinéma commercial, les voies de ce genre sont rarement empruntées par le cinéma d’auteur. Ainsi, en 2011, mis à part Tutti al mare de Matteo Cerami et, dans une moindre mesure, Scialla, premier film d’un scénariste réputé, Francesco Bruni qui a été primé à Venise, la dominante des œuvres est dramatique, embrassant les problèmes récurrents de l’Italie contemporaine, la criminalité organisée, la présence des gens de l’Europe de l’Est, la crise des banlieues, l’immigration africaine, les problèmes spécifiques des régions du Sud, avec cette année le versant opposé d’un Nord industrialisé connaissant ses propres difficultés.
L’influence des maîtres se fait sentir çà et là chez les jeunes cinéastes tant le poids culturel du patrimoine en Italie peut avoir des conséquences excitantes ou paralysantes. Tutti al mare fait explicitement référence à Casotto de Sergio Citti, film déjà écrit par Vincenzo Cerami, le père de Matteo. L’ombre de Pasolini passe sur Et in terra pax de Matteo Botrugno et Daniele Coluccini. En voyant Tatanka de Giuseppe Gagliardi, on ne peut s’empêcher de penser à Gomorra de Matteo Garrone, d’autant que les deux films trouvent leur point de départ dans les livres de Roberto Saviano. Sulla strada di casa d’Emiliano Corapi inscrit son récit dans la grande tradition des road movie qui font voyager le spectateur du nord au sud ou du sud au nord de la péninsule, à l’intérieur d’un pays dont chaque région offre un univers culturel différent.
Mais loin de toute référence ou de toute influence – et sans considérer que références et influences soient un handicap –, les auteurs bâtissent aussi leur univers en cherchant des voies nouvelles, en explorant des territoires qu’ils balisent de nouveaux repères. A cet égard, Sette opere di misericordia de Gianluca et Massimiliano De Serio – grand prix d’Annecy 2011 – ou Corpo celeste d’Alice Rohrwacker – prix de la Confédération des salles d’essai – affichent une rigueur de traitement et une exigence figurative qui en font d’emblée, malgré certaines maladresses, des œuvres mémorables. Quant à Maledimiele de Marco Pozzi, c’est une œuvre dérangeante sur les tourments de l’adolescence et les conduites auto-lésionnistes.
Ainsi, l’année 2011 apporte son lot abondant de films de qualité, preuve éclatante d’une cinématographie vis-à-vis de laquelle les mots de déclin, de crise, de récession, d’enlisement, d’involution, n’ont plus court, sauf sous la plume de quelques journalistes mal informés ou de critiques qui s’acharnent à maintenir en vie les préjugés les plus éculés.
Jean A. Gili, délégué général « Annecy Cinéma Italien »









